Compostelle, comment et pourquoi ?

Publié par Cindy le

Charlotte vous propose son expérience du chemin de Compostelle sur le « camino francès »

Comment et pourquoi ?

Été 2015, dans la cathédrale de Bayonne des pèlerins sac sur le dos, bâton en main font tamponner leur « crédencial ». « Ils font Compostelle » me dit mon amie. Je ne m’y étais jamais intéressée et pour cause. Les images mentales que j’y associais étaient : « réservé aux catholiques » « sobriété », « ressourcement », « ennui », « austérité ». Pourtant, peu de temps après je me suis réveillée en me disant : « Je vais faire Saint-Jacques de Compostelle ». On nomme cela « l’appel du chemin ».

Qu’est-ce que qui me poussait à le faire ? … Un défi personnel ? Celui de me dépasser ?  Une envie de liberté ? De me remettre en forme ? De me confronter à l’inconnu ? De faire des rencontres ? De retourner à l’essentiel ? Un peu de tout cela à la fois!

Pas sportive, et pas vraiment adepte de la marche… Pourtant cette idée germait et était devenue un objectif très clair.

À mes proches, cela paraissait une douce utopie, une lubie pas vraiment réalisable.

Mais bizarrement, je n’avais presque qu’aucune appréhension. Plus j’épluchais les forums et récoltais les bons conseils, plus le chemin prenait une forme réelle dans ma tête. (voir l’article « Compostelle : détails pratiques »)

Après quelques mois passer à « faire les chaussures à mon pied » et à récolter l’essentiel pour mon sac à dos… Je me suis lancée!

Le 22 février 2016, dans le train de Biarritz à Saint-Jean-Pied-de-Port je repère des gens équipés de sac à dos, bâtons de marche et même vélo. Moi qui pensais, à la lecture des informations concernant la période hivernale, être seule, me voilà bien surprise !

À la sortie du train, nous sommes quatre à chercher le chemin jusqu’au bureau d’accueil des pèlerins…. Astrid, une Allemande, Davide et Gennaro… deux Italiens !

À l’office, deux bons vivants retraités nous accueillent chaleureusement. Conseils, informations, « crédencial », coquille, carte, adresses d’hébergement … « La route principale est fermée. Il a neigé. C’est trop dangereux. La route du côté français est ouverte mais toute personne qui l’emprunte s’expose à 12 000 euros d’amende une fois sur la route espagnole. Il y a déjà eu de nombreux morts ». L’étape du lendemain est la plus rude de tout le chemin. 26 km et plus 1000 mètres de dénivelé pour cette route secondaire. Le ton est donné. Et pourtant je sens tout cela très accessible.

À l’auberge, de nombreux lits superposés sont déjà occupés par des gens venus des quatre coins du monde. Une douche et au lit ! Je suis consciente que la journée du lendemain sera la plus difficile. Bruit de sac en plastique et sac de couchage, chuchotements, et ronflements sont les bruits qui colorent cette première nuit et qui coloreront les 35 suivantes.

Le Coréen sur le lit en dessous du mien, sans doute affecté par le décalage horaire ou par les différences culturelles, a trouvé utile de refaire son sac à dos à 4h du matin. C’est donc fatiguée mais excitée et impatiente que je me lève. Au petit déjeuner, les échanges fusent devant les tartines grillées préparées par Janine, volontaire de l’auberge. Ce matin là, j’étais très loin d’imaginer que quelques unes des ces têtes allaient m’accompagner pendant 900km…

Des petits groupes semblent s’être formés. Après avoir prit le petit déjeuner et refait son sac, chacun part à sa guise. Astrid me demande si je souhaite faire cette première étape avec elle… c’est parti !

Nul besoin d’une carte ou d’un guide, il suffit de suivre les flèches. En France… Vertes, et sur l’ensemble du chemin français… Jaunes.

photo chemin Compostelle

« Toujours plus loin, toujours plus haut ».

Sur la route,  on croise les compagnons du matin. On discute, on fait un bout de chemin et chacun avance à son rythme. Au-delà des présentations basiques, la question qui intéresse tout un chacun c’est bien celle de savoir : « Et toi, pourquoi tu fais le chemin » ?

Pour cette première étape, la route est difficile. Ça grimpe, il fait froid, gris, il pleut, et le sol est recouvert de neige par endroit. Le poids du sac à dos se fait sentir et j’entends, à répétition dans ma tête, une phrase lue sur de nombreux forums « Surtout ne pas commencer par l’étape des Pyrénées ». Je souhaitais traverser l’Espagne entièrement. Le mantra « chaque pied que tu poses est bon pour toi et pour ton corps » m’a permis de tenir. Ce sont des larmes de bonheur qui coulent sur mes joues à l’arrivée à Roncevaux.

À l’auberge,  malgré l’humidité et le système de séchage des vêtements, l’ambiance est légère, chaleureuse et complice. On se sent liés d’avoir passé cette première et dure étape tous ensemble. Dans cette ambiance « colonie de vacances »,  les échanges sont nombreux et les histoires de chacun plus surprenante les unes que les autres.

photo dortoir-compostelle

Le lendemain matin, seconde étape de Roncevaux à Zubiri. Les paysages sont fabuleux. Sur le chemin, on croise les mêmes visages. Après l’étape, on se retrouve « par hasard » dans un des gîtes à Zubiri. Contents de partager les histoires de la journée, les sensations, les paysages. Fatigués et heureux, on décide de faire les courses et de cuisiner tous ensemble. Un apéro espagnol, un plat italien et un dessert Allemand.

Là, dans cette ambiance, il se passe quelque chose de très particulier. Ce groupe de neuf personnes que nous formons peu à peu depuis deux jours partage la sensation étrange de déjà se connaître. Les liens sont très forts, le soutien et la complicité qui émane de notre groupe alors que d’autre gens sont présents dans l’auberge est très interpellant.

Juan est Equatorien, Jordi Espagnol, Guillermo, Argentin. Francesca, Ricardo, Davide et Gennaro viennent d’Italie, Astrid d’Allemagne et moi de Belgique. Pourtant nous parlons tous espagnol. Et nous avons tous décidé de commencer le chemin ce mardi 23 février au départ de Saint-Jean Pied-de-port. Tous liés, et ayant tous quelque chose à apprendre les uns des autres.

photo marcheurs Compostelle

« Les empreintes laissées par les personnes qui ont marché ensemble ne s’effacent jamais. »

Pampelune, Puente de la Reina, Estella, Torres del Rio, Logroño, Nájera, Santo Domingo de la Calzada, Belorado, Agès, Burgos, Hontanas, Boadillo del Camino, Carrión de los Condes, Terradillos de los Templarios, Bercianos del Real camino, Manzilla de las mulas, Léon, Hospital del Obrigo, Santa Catalina de Samoza, El Acebo, Cacabelos, Vega de Valcarce, Fonfria, Sarria, Portomarín, San Julían, Bebeidero,… Hameaux, villages… Toutes ces étapes nous rapprochent du but. « Santigo de Compostella ». Une cathédrale, un Saint à embrasser et un vœu à demander puis 3 dernières étapes avant d’arriver à la fin du monde ; Finisterre.

35 jours de marche ; de nature et paysages grandioses. 35 jours de « bout de chemin » croisés, de discussions, de « vino tinto », de repas partagés, de lits superposés, de séchage de vêtements improvisés, de sacs de couchages repliés, de ronflements, de petits déjeuners, d’ampoules, de machines à laver, de bouteilles d’eau remplies à la fontaine, de pauses bananes et fruits secs, de joie, de fatigue, d’endroits insolites, de sourires, de pauses au soleil, de câlins, d’encouragements, de rires, de fous- rires, d’amitié, de larmes, de soutien, de rencontres incroyables, de générosité, d’entraide, de chants, de flèches jaunes, de décomptage des kilomètres, mais surtout 35 jours et 900km de bonheur pur et d’apprentissage.

Charlotte JEAN ([email protected])

 

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Catégories : Voyages

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